Par Anne Gillain Mauffette
Ce texte illustre des enfants, pour la plupart débutants, en train d’explorer la glaise.
«Avec la glaise tu peux construire à l’infini» (enfant de 6 ans)1
L’argile plus communément appelée la glaise est, en général, un matériau mal aimé des adultes au préscolaire, car jugée salissante, difficile à organiser. De plus ce n’est pas un matériau avec lequel ceux-ci sont vraiment à l’aise.
La plupart des enfants, au contraire, ont un désir naturel d’explorer les matériaux qu’ils rencontrent1et aiment explorer la glaise car celle-ci répond à la moindre de leurs actions; ils peuvent la transformer à volonté, exercer leur pouvoir sur elle. Elle leur procure des sensations nouvelles et souvent les calme.
C’est une matière très ouverte à toutes sortes de possibilités et qui offre souvent «des surprises aux enfants rendant l’expérience plus enthousiasmante».
«Ils trouvent la rencontre avec l’argile intrigante parce que ce matériau extraordinaire leur permet de se situer dans leur zone proximale de développement»1.
C’est un langage qui favorise la créativité et provoque toutes sortes d’apprentissages : moteurs, socio-émotionnels, de mathématique, langagiers, esthétiques, etc.
L’argile amène les enfants à communiquer à propos de ce qu’ils font, commentant, s’offrant des conseils, décrivant leurs gestes et stratégies, évoquant des souvenirs, inventant des titres à leurs créations. Elle «appelle la narration et les histoires».
Bien sûr, au début, quelques jeunes enfants vont peut-être avoir envie d’utiliser le matériel de façon originale et par exemple s’en enduire les bras, mais ils vont bien vite passer à autre chose.
La glaise a des vertus thérapeutiques et se prête bien à l’utilisation par beaucoup d’enfants ayant des défis particuliers. Car «les caractéristiques de l’argile accueillent toutes les différences». « Chacun trouve ses façons d’être avec l’argile». «C’est est un matériau généreux qui réagit à la plus petite pression, aux petits gestes qui la transforment et permet de remarquer l’action, donnant aux auteurs un sens de capacité et générant des sensations et émotions agréables»1.
Pour avoir une idée de l’ensemble des apprentissages possibles voir l’article :
https://jeulibrequebec.blogspot.com/2021/08/analyse-des-activites-le-modelage-la.html
Comme tout langage, «la glaise a sa structure grammaticale qu’il faut connaître et qui demande de la pratique, des essais, des comparaisons de différences.»1
1. Des gestes à expérimenter et peaufiner:
L’argile permet l’acquisition progressive du contrôle et d’habiletés des mains à travers de mouvements larges ou fins avec le jeu subtile de la pression des muscles et de leur direction.
Elle demande aux enfants des coordinations multiples : manuelles, visuelles, auditives et olfactive.
Les enfants vont d’abord utiliser leurs mains puis certains outils pour:
Frapper
La glaise résiste parfois : arracher, frapper :
https://www.facebook.com/share/r/1AnYPv97Cg/
Arracher, Griffer, gratter Émietter :
Presser, Lisser
Aplatir, séparer
Photo Peachtree
Écraser
Photo Pinnacle
Rouler
À une main, en aplat Entre les mains
Photo Pinnacle Photo Rosa Parks
Former des boules
Former des colombins : les combiner
De simples formes comme des colombins qui ont de la facilité à se courber, peuvent être mises en forme ondulée, en cercle, être superposées, tressées.
Expérimenter avec de l’eau
La glaise absorbe l’eau mais si on en met trop elle se liquéfie.
Dans cette courte vidéo, l’enfant ajoute des morceaux de glaise (plus et plus et un petit peu plus) dans le bol puis trempe sa main et éprouve une sensation tactile avec surprise et plaisir :
https://www.facebook.com/share/r/1Ce3NiQfW3/
Fabriquer des plaques avec un rouleau :
Ajouter
Photo Pinnacle Photo Beverly Hills
Assembler
Soustraire, retirer
Faire des trous
Avec ses doigts ou des outils
Faire des insertions
Ici on a offert aux enfants des cure-dents
A droite en haut : empiler et insertion Photos Pinnacle
Des bâtonnets Et de petits objets
Photo Rosa Parks
Les enfants vont même insérer les outils !
Des morceaux de verre, des billes et des tuiles. Des morceaux de feuilles.
Strier, faire des textures
Couper
Séparer
Accoler des cubes
Empiler
Photo Pinnacle Photo Beverly Hills
Accumuler
Texturer : gratter griffer, faire ses stries, faire des empreintes
Avec ses mains :
Des empreintes avec des feuilles, des coquillages et autres objets :
Creuser ou faire un creux
Mesurer
Les enfants vont parfois devoir mesurer l’épaisseur ou la grandeur de leurs pièces.
Aligner
Au début, les enfants produisent souvent des petites formes et les disposent de manières qui leurs plaisent : boules, colombins.
Comment faire pour leur permettre d’évoluer ? En leur offrant de la barbotine pour les combiner.
Faire et Appliquer de la barbotine :
C’est une sorte de colle faite de glaise et d’eau pour faire tenir les morceaux ensemble une fois que la glaise est sèche.
Appliquer la barbotine demande de l’attention : évaluer où en mettre, évaluer la bonne quantité et utiliser la bonne pression pour joindre les morceaux.
Les enfants peuvent en fabriquer en utilisant des retailles de glaise sèche, la réduisant en petits morceaux avec un marteau, la réduire un poudre avec un tamis puis mélangeant la poudre à l’eau. Ils font connaissance avec le phénomène de l’absorption et assistent à la transformation de solides en pâte à moitié liquide. Ou simplement avec de la glaise brute et de l’eau.
Les enfants vont sans doute commenter le processus : « On a tamisé la glaise sèche et s’est devenu du sable.»
Bien sûr ces actions se combinent pour établir différents effets.
Photo Peachtree Photo Mairtown Kindy
À droite, deux formes rondes, une grande et une petite ont été superposées. Des trous de mêmes grandeurs ont perforé le petit disque et des dentelures régulières ajoutées au plus grand, dans un but esthétique.
- Utiliser des outils
Voir des enfants en action : https://www.facebook.com/share/r/14YBkMttMcB/
- Entendre les sons et en faire
Dans la vidéo précédente, on peut voir une enfant qui explore en même temps les sons de la glaise qui cogne la table.
Car leurs gestes font des sons.
Les enfants vont chantonner et parler pendant leurs manipulations.
La glaise cuite peut donner lieu à des explorations de sons (parler dans un vase offre une résonnance).
- Peindre ses créations, ajouter des pigments, des vernis
Ces enfants utilisent de l’acrylique pour peindre leur oiseau.
La pratique et la progressive maîtrise de tous ces gestes, comme un alphabet de la glaise, vont permettre aux enfants de progressivement exprimer des concepts, des idées et leur imaginaire.1 Les compétences techniques vont ouvrir à de nouvelles habiletés de communication et d’expression.
La réalisation d’une pièce demande de la coordination, de la force dans les mains et dans chaque doigt, de la chaleur et du soin.
2. Des contextes et situations à proposer
La glaise peut se présenter sous plusieurs formes, dimensions, poids et couleurs.
On peut varier la présentation même de la glaise : en petits morceaux qui tiennent dans la paume de la main ou en de gros blocs.
- Un ou des gros blocs
Sur une table
Au sol
On peut proposer un gros bloc à côté duquel on place d’autres morceaux de glaise. Les enfants peuvent ajouter sur le bloc lui-même, y faire des trous, etc.
On peut aussi explorer le bloc avec les pieds
Photos Rosa Parks- Des plaques de glaise et des lanières
Faire des impressions
La présentation de plaques accompagnées de matériel polyvalent va inciter les enfants à explorer les textures et les motifs. On peut utiliser toutes sortes d’éléments pour laisser des traces. Les enfants peuvent aussi dessiner sur les plaques et créer des bas et hauts reliefs.
Dessiner sur une plaque de glaise ;
On peut étendre une grande plaque et placer quelques minces colombins sur la plaque qui serviront d’outil à dessiner, invitant les enfants à ajouter es éléments et à enrichir le «dessin» de départ.
Certains enfants auront peut-être l’idée de dessiner en creusant avec un bâton ou autre outil des formes dans la plaque de glaise.
Les enfants peuvent aussi aller dehors et mettre les plaques sur des arbres et autres surfaces pour les métamorphoser.
Les enfants vont peut-être décider de découper des formes dans les plaques, des morceaux et les transformer. Il faut permettre ces initiatives imprévues.
Transformer les plaques et lanières en objets de trois dimensions
Les surfaces plates peuvent manipulées pour acquérir du volume.
Les enfants vont les transformer : les soulever ou les enrouler comme des crêpes et puis les mettre debout comme des colonnes ou des arbres.
Des lanières vont être pliées, arrondies et ajoutées sur les plaques ou les unes sur les autres donnant des formes aériennes, certaines par hasard et d’autres désirées.
Ici les plaques texturées ont été enroulées sur une base pour devenir des jolis objets ou des vases, supports à crayon, cache-pots ou encore transformées en boîtes, etc.
Les plaques peuvent être travaillées sur des tables mais aussi au sol.
Des plaques les unes à côté des autres, de différentes couleurs ou pas, peuvent provoquer des créations collaboratives.
On peut aussi présenter une grande plaque sur une table et de la glaise et des surfaces de travail sur une autre à côté et les enfants vont fabriquer des formes qu’ils vont ajouter sur la grande plaque pour faire une composition collaborative. Les idées des uns vont entrainer les idées des autres : « j’ai fait un oiseau, un arbre, un lac….». Certains enfants vont abandonner plus rapidement mais d’autres peuvent prendre la relève et le projet continuer.
Pour avoir des plaques d’épaisseur égale, on peut utiliser deux lattes de bois comme guides de chaque côté et faire rouler le rouleau pardessus. L’épaisseur des tiges va déterminer l’épaisseur de la plaque.
En proposant des situations, il faut faire attention de ne pas trop encadrer pour brimer les recherches des enfants. Par exemple : vous pensiez qu’ils feraient des textures avec les éléments proposés sur la plaque, ils ont décidé de faire en tunnel en la soulevant dans le milieu amenant du volume et posant des problèmes de suspension ; comment faire tenir cette ondulation pour qu’elle ne s’effondre pas et sèche.
- Des formes géométriques
Créés par l’adulte, des cylindres des formes rectangulaires, carrées, des cônes et des formes irrégulières ainsi qu’un bloc de glaise, vont accueillir les enfants qui pourront les aménager et les transformer à leur guise, joignant certaines formes avec d’autres, arrachant et rajoutant des morceaux, etc.
- Des fragments
De petits morceaux de glaise sèche ou cuite (terracotta) d’objets cassés, récupérés, peuvent aussi servir aux enfants pour recréer de nouvelles formes.
Cet enfant examine ce morceau et semble dire «qu’est-ce que je peux faire avec ça»?
- De la glaise sur la table lumineuse, ou jouer avec la lumière
Sur la table lumineuse, cela va révéler la lumière dans les trous et les griffes faites par les enfants.
On peut aussi jouer avec les ombres des formes de glaise avec la projection d’une lumière (lampe de poche ou autre). Elles vont grandir ou rétrécir selon la distance de la source.
On peut présenter la glaise sur un table même un table transparente qui amène d’autres perspectives ou sur le sol. On peut même faire des créations sur un muret ou un mur.
Des formes à explorer par les enfants :
La glaise permet aux enfants de façonner des objets en trois dimensions et de formes verticales.
Les enfants vont progressivement découvrir le potentiel de cette matière mais aussi ses limites.
En effet, si «la glaise a des qualités plastiques et se plie souvent aux intentions des enfants, elle a ses propres caractéristiques qui posent certains problèmes aux enfants».1
«Ils vont rencontrer des défis au niveau du poids, du volume de l’équilibre qui les forcent à réfléchir de façon à la fois visionnaire et très concrète.»
«La rencontre des enfants et la glaise génère continuellement une dimension de recherche qui les amène toujours un peu plus loin.»1
La pensée des enfants se construit par étapes : ils vont passer par des erreurs, des évaluations et des reformulations (remanipulations, reconfections).
On va laisser le temps aux enfants d’identifier les problèmes et de trouver des stratégies pour y faire face et les résoudre.1 Au besoin, l’adulte apportera de l’étayage (poser une question, suggérer un outil, un matériau, etc.).
- Apprivoiser la hauteur et l’équilibre : défier la gravité
Les enfants aiment faire des structures architecturales. Ils aiment faire «des grandes choses1»
Ils adorent construire des tours et des ponts.
Ils en font souvent avec des blocs.
Avec la glaise, ils les font souvent en rattachant des petits morceaux qu’ils ont détaché d’un plus gros morceau de glaise et les scellent avec de la barbotine.
Ils aiment aussi fabriquer des ponts.
Mais comment faire pour qu’une structure ne s’affaisse pas. ?
Les enfants vont essayer toutes sortes de stratégies.
Les enfants partagent leurs astuces et leurs camarades les imitent souvent.
Parfois deux structures individuelles créés l’une à côté de l’autre et qui penchent dangereusement vont inciter les enfants à joindre leur travail, une structure en soutenant l’autre.
Si l’enseignante les relance : «pourriez vous refaire un pont ?» Ils vont peut-être rapprocher les deux colonnes de la structure. Ou bien l’enseignante leur offrira une suggestion.
Par essais et erreurs, les enfants apprennent à faire des bases plus larges par exemple.
S’ils utilisent des colombins l’un par-dessus l’autre, reliées avec de la barbotine, pour faire des tours, des colonnes ou des arbres, ils peuvent insérer un tube en carton ou en plastique au milieu pour les garder plus droites.
Ou ils étalent, puis enroulent la glaise et la mettent debout.
Ici on a offert aux enfants des brochettes de bois pour les aider à régler en partie les problèmes de hauteur. Certains s’en sont servis d’autres par, mais la stabilité reste à régler et certains ont épaissi la base pour rendre leur structure plus stable.
Les enfants vont sentir le manque d’équilibre avec leurs mains et s’assurer de la stabilité de leur construction.
On va les observer pour s’assurer qu’ils ne se découragent pas et leur offrir parfois le petit coup de pouce nécessaire en leur suggérant un support quelconque au besoin (un morceau ou une colonne de glaise ou un tube de plastique, du papier journal froissé, du carton ou un morceau de bois, etc.). Il suffira d’une fois ou deux pour qu’ils s’approprient ce truc et ensuite choisissent ce qui convient le mieux.
- Faire des volumes à partir de surfaces plates:
En les soulevant, les repliant, les enfants vont inventer des structures: une route avec un tunnel par exemple.
2. Du matériel à proposer
- De la glaise de différents types et couleurs, d’abord séparément puis associées.
Les différentes sortes de glaises «ont des spécificités chimiques, des couleurs, des consistances, des qualités tactiles, une porosité, une dureté, une plasticité, un degré de contraction (quand elle sèche, elle rétrécit plus ou moins) variés. Leurs réactions avec l’eau fait qu’elles sont malléables mais répondent différemment sous la main et avec les outils. Certaines ont une surface lisse d’autres rugueuses.1
Expérimenter avec ces différences va augmenter les compétences d’expression et de construction des enfants.
Certaines se prêtent mieux à certains usages.
- D’autres matériaux :
Des roches, écorce d’arbres, coquillages, etc. vont permettre des effets et volumes souvent surprenants.
L’impression répétée d’objets va donner des motifs et le déplacement d’objets aussi.
On peut demander aux enfants de trouver des objets qui vont laisser des traces dans la glaise : un cylindre de carton, un truc pour le miel qui va faire des sillons, de la dentelle, etc. On laissera les enfants expérimenter avec les objets trouvés.
Les enfants des écoles préscolaires de Reggio Emilia ont exploré la notion de convexité et concavité en utilisant du plâtre sur leurs créations de glaise obtenant un positif et un négatif
- Des outils
Avant d’offrir des outils aux enfants on va leur permettre de travailler juste avec leurs mains. Car « la main est l’outil principal pour former la glaise»1.
Chaque partie de la main va être utilisée les poings, la paume, le bout des doigts.1
Puis on proposera certains outils simples puis les outils traditionnels utilisés avec l’argile : ébauchoirs pour modeler et lisser, mirettes et couteaux pour sculpter ou découper, gouges pour creuser, rouleaux pour étaler, les mirettes, les spatules les grattoirs, les éponges pour lisser, etc. On offrira aussi des pinceaux pour la barbotine. Et des guides de bois pour étaler la glaise.
Mais vous pouvez aussi vous servir de matériaux improvisés: fourchettes, couteaux et cuillères de cuisine, de cure-dents, de bâtonnets, de clous, ouvre-bouteilles. Des bouchons qui vont tracer des ronds, des blocs de plastique des carrés, rectangles triangles, des peignes pour strier et des brosses pour faire des petits points ou des lignes. Des coquillages, des morceaux d’écorce, des feuilles, des roues vont faire des empreintes. Du carton ondulé, des filets de différentes grosseurs, des morceaux de grillage de métal aussi. Même un truc pour le miel va faire des sillons.
Un fil à couper (fil métallique entre deux poignées) permet de trancher des galettes d’un gros morceau de glaise plus facilement. Les enfants adorent tirer de toutes leurs forces pour réussir à couper une grosse galette.
Une bonne façon de présenter le matériel est dans un petit chariot qui peut être déplacé.
Des bâtonnets (brochettes de bois) :
On remarquera la concentration des enfants engagés dans l’action. Photo Pinnacle
Des rouleaux pour faire des traces
- Des tubes de plastique et de carton
- Du carton, du papier journal
- Du petit matériel polyvalent naturel, trouvé ou commercial
- Des couleurs (acrylique, pigments, vernis)
On peut utiliser de l’acrylique sur de l’argile sèche ou cuite.
Les enfants dans les centres préscolaires de Reggio Emilia font eux-mêmes leurs engobes (avec poudres de couleurs) qu’ils appliquent sur les pièces avant séchage et cuisson. Il s’agit d’un mélange d’argile et d’eau bien lisse auquel on ajoute des pigments. Les couleurs changent à la cuisson provoquant un effet de surprise.
3. Des espaces à organiser
On a l’habitude de proposer la glaise sur une ou des tables.
Mais on peut aussi travailler au sol.
Pratique pour les petits et intéressant pour les plus grands.
Ci-dessous, une nappe entoilée protège la table mais permet à la glaise de ne pas trop coller.
Certains aménagements encouragent les œuvres à plusieurs d’autres favorisent le travail individuel.
Des plaques de glaise posées l’une à côté de l’autre au sol ou ailleurs sur une longue surface vont sans doute provoquer des collaborations et des œuvres collectives.
Si vous trouvez cela trop salissant à l’intérieur, installez-vous dehors.
Ici chaque enfant a un plateau de bois sur lequel il travaille.
Il est plus facile de faire de petits groupes de travailler toute une classe de maternelle en même temps. La forme d’ateliers se prête bien à ce genre de travail.
4. Des sujets à représenter
Les enfants peuvent fabriquer des sculptures abstraites fort complexes.
«Quand les enfants commencent à vouloir créer avec la glaise, ils expriment parfois une intention d’une forme ou un sujet à réaliser et d’autres fois, l’identité va se former au fur et à mesure de la manipulation»1.
L’enfant va trouver par exemple que la forme qu’il vient de faire ressemble à une tortue et va la nommer comme telle et la continuer.
«Les formes crées aspirent parfois à représenter un sujet, d’autres fois ne sont qu’évocatrices de quelque chose et à d’autres moments, les contextes environnementaux offrent l’inspiration créatrice»1.
Exemple : Des enfants ayant été promener en ville sont revenus avec l’idée de construire une ville.
La nature avec ses arbres, plantes, insectes, animaux et l’eau présente une multitude de sujets qui intéressent les enfants et pour lesquels, en les représentant, ils développent de l’empathie.
On va souvent partir d’objets rencontrés par les enfants dehors et dans leurs sorties et pour lesquels ils ont montré des questionnements, de l’enthousiasme.
Les enfants vont aussi s’inspirer des livres et de personnages qu’ils affectionnent.
Des arbres
Le tronc, les branches
Les feuilles
Pour se distancier des stéréotypes de formes, il est nécessaire de regarder de plus près.
La forme des choses dans la nature changent avec le climat, le vent, la pluie, la neige, la sècheresse et le temps.
Les enfants remarquent et questionnent ces choses-là : «Quand la neige fond on peut voir les feuilles au sol : il y en a qui sont sèches et craquées et partent au vent.»« Comment les feuilles repoussent-elles de la branche ?».
Ils vont dessiner des feuilles, en sculpter puis les strier, les enrouler un peu, etc.
Des personnages
Soi même et d’autres :
La représentation en argile de la figure humaine épouse le niveau de développement de l’enfant au niveau du dessin. Les deux dépendent de l’évolution de son image de soi.
Mais les représentations vont aussi évoluer avec le nombre et la qualité des expériences proposées.
Plus l’enfant a des occasions de dessiner, de modeler, plus ses personnages vont se raffiner.
Ils vont observer et reproduire diffrenes parties de leur corps : leur tête, leurs mains, etc.
«La tête ce n’est pas un rond exactement c’est un ovale».1
Des, bustes, des visages
Les personnages debout vont aussi poser des problèmes d’équilibre et de stabilité.
C’est un grand défi pour eux, mais la verticalité leur est importante car elle donne vie aux personnages.1
S’ils n’y arrivent pas ils vont parfois trouver une excuse :« il fait dodo», «il est assis».
Mais ils développent des théories pour que cela ne tombe pas : « Il faut faire des jambes fortes et larges», « il faut faire des grands pieds».
Photos Peachtree
On peut leur proposer de représenter des personnages dans différentes attitudes et de mouvements.
On pourra ensuite regrouper tous ces personnages ce qui donnera une puissance au tout qui va valoriser les enfants.
Des robots
Dans un projet sur les robots, les enfants en ont construits avec des blocs, du matériel recyclé et de la glaise.
Des animaux
Les enfants vont identifier les éléments qui donnent leurs caractéristiques aux animaux
(oreilles, griffes, queue, la fourrure, etc.), et qui permettent de les reconnaître. Ils vont utiliser toutes les habiletés acquises dans l’expérimentation avec la glaise et les outils pour obtenir des formes et textures qui les satisfassent.
Ceux-ci ont observé des mages avant de construire l’animal qu’ils ont choisi de représenter :
Lorsque les enfants essaient par exemple de créer un cheval, ils vont rencontrer de nombreuses difficultés techniques et tenter de réconcilier ce qu’ils voient dans leur tête avec leurs habiletés du moment. Ils trouvent des solutions temporaires : le cheval est fatigué et est couché, sa tête touche par terre parce qu’il a faim, et broute.
S’Ils persévèrent avec cet intérêt, leurs solutions s’enrichissent avec le temps, ils acquièrent plus de connaissances et de compétences par rapport à la glaise et les chevaux.1
Des oiseaux, canards :
Des insectes, des papillons
Dans les écoles préscolaires de Reggio Emilia, les enfants sont invités à représenter un même sujet de différentes façons. Ce centre préscolaire fait de même
Dessiner, puis sculpter avec la glaise, puis revenir au dessin (ou le contraire), permet aux enfants de mieux voir et connaître le sujet et à l’interpréter différemment mais de façon personnelle.1
Des batraciens
Dans le cadre d’un projet d’élevage de grenouilles, voici une représentation faite par un enfant :
Des tortues
Des poissons, baleines, cachalots, etc.
Des maisons
L’argile peut aussi servir de support pour d’autres types de créations
La glaise permet de multiples essais avant d’en arriver à un résultat satisfaisant.
«Le dialogue entre la glaise et les enfants est particulièrement riche car celle-ci accepte des versions différentes, des formes provisoires qui peuvent être changées.»1 Elle tolère bien les erreurs puisqu’elle peut être remodelée, sa forme modifiée, ajustée.1
Mais elle demande aussi de la patience, de la concentration, de la motivation, de la ténacité1 dont témoignent tous les enfants dans ces photos.
Elle exige d’être manipulée avec soin quand elle est sèche ou cuite1.
5. Exposer les créations
Regrouper les créations va leur donner une dimension différente qui va donner de l’importance aux efforts des enfants, renforcer leur estime de soi et démontrer leurs capacités à leurs parents et camarades.
On peut préparer une exposition des ouvrages dans une bibliothèque par exemple, une galerie d’art, dans des vitrines dans le corridor de l’école, dans l’entrée du CPE ou la garderie ou juste dans notre local.
6. Des visites
Des visites dans des galeries où sont exposées des œuvres en céramique ou une visite chez un potier sont des occasions d’inspiration et de motivation pour les enfants.
Après La visite chez le potier les enfants remarquent les pots à fleur et demandent qui les a faits.
7. Comment conserver la glaise
Une fois le paquet ouvert, pour la protéger, on va la couvrir d’un tissu humide puis l’entourer d’un plastique avant de la placer dans un contenant hermétique.
On peut aussi la réutiliser une fois sèche en la réhumidifiant.
8. Un mot sur la cuisson de pièces
Vous n’avez probablement pas de four à céramique Mais peut-être une association de potiers de votre région, votre municipalité ou un parent artiste en a-t-il un et vous permettrait de l’utiliser? Peut-être un potier ou céramiste pourrait vous conseiller et même venir en classe ou donner un atelier aux éducatrices de votre CPE ?
La préparation de l’argile pour survivre à la chaleur du four demande un peu de soin. Il ne doit pas y avoir de bulles d’air dans l’argile. L’épaisseur ne doit pas dépasser 2 à 3 cm. Pour les grosses pièces, il faut donc évider le centre. Différentes sortes d’argile demandent des chaleurs différentes.
9. L’utilisation de la technologie
On n’a pas tous des microscopes électroniques, mais nous avons des caméras et des ordinateurs qui peuvent donner d’autres perspectives aux enfants sur la glaise et sa texture.
10. Les écoles préscolaires de Reggio Emilia
Ces écoles municipales encouragent «les cent langages» des enfants dont fait partie l’expression à travers la glaise.
Leur maison de publication Reggio Children vient de sortir un Manuel, en anglais, de 400 pages, abondamment illustré sur l’Argile, intitulé Clay techniques, experiences, imaginaries 1 où ils démontrent leurs façons de faire et ce que les enfants peuvent réaliser dans un contexte idéal où les ressources ne manquent pas (un spécialiste en arts plastique dans chaque école, un atelier, un four à céramique, des formations professionnelles continues).
Mais ce manuel peut nous enseigner beaucoup de choses, malgré nos conditions moins favorables. Malheureusement, nous ne pouvons reproduire les photos de ce magnifique livre. Leur pédagogie accompagne les enfants en partant ce que les enfants expriment et les aide à avancer en leur proposant des expériences sans qu’ils ne perdent leur satisfaction ni leur enthousiasme.
On y voit des enfants de 2 à 6 ans qui ont créé entre autres : une ville, une foule, leur assemblée, des acrobates, des chevaux, une girafe... Des hauts reliefs d’un raton laveur, un gorille, un renard et un phoque.
Une haute colonne, des plantes grimpantes, une maison pour une plante, des sculptures sonores, des écureuils, une grenouille, un iguane, une tortue, des vagues qui ont tous été intégrés dans leur jardin. Comme dans cette garderie :
Photo
Les enfants des écoles italiennes ont aussi confectionné une multitude de sculptures. Ils ont réparé et enjolivé des objets casés dont un pot à fleur et une murale. Ont fait un film en stop motion de leurs mains.
On s’émerveille devant leur ingéniosité et leur sens du détail ; il faut le voir pour croire qu’il s’agit de si jeunes enfants.
Les enseignantes y documentent les processus des enfants comme dans cette garderie :
Cet article s’est inspiré de passages de ce livre.
Les illustrations de notre texte sont tirées de photos de garderies et maternelles qui s’inspirent de ces écoles, principalement aux États-Unis.
Pour voir d’autres réalisations d’enfants, parfois un peu plus complexes, consulter cet article publié précédemment sur le même sujet :
https://jeulibrequebec.blogspot.com/2022/03/experimenter-avec-les-materiaux-sixieme.html
Conclusion
«La glaise est une substance aux mille visages.1» C’est un matériau enchanteur, polysensoriel.1
Mais la glaise demande aussi un effort, « un investissement affectif, sensoriel, imaginatif dont l’engagement va varier.1»
Jouer avec l’argile «est une invitation à découvrir et redécouvrir.» «Elle incite à essayer des choses.» Et est une «source de nouvelles possibilités.»1
C’est pourquoi, il ne suffit pas de faire un atelier de temps en temps mais d’en faire un matériau aussi disponible que la peinture.
Car les découvertes qui se multiplient avec la glaise sont «des moteurs d’apprentissages». Elles :
Stimulent la communication et la collaboration
Stimulent les fonctions cognitives, la créativité
Établissent des connexions entre les nouveaux faits et ce qui sont connu
Provoquent des questions
Mettent les idées en action
Développent la motricité fine, l’autorégulation
Diminuent le stress, etc.
Mais pour que l’argile joue pleinement son rôle, l’adulte devrait pouvoir d’abord expérimenter lui-même pour être en mesure de connaître le potentiel de cette matière afin d’être mieux capable d’accompagner les enfants dans leurs découvertes. Ou au moins, découvrir avec eux. S’il apprécie le travail de la glaise il risque davantage de créer de l’enthousiasme et de la curiosité chez les enfants, de les stimuler et de les aider à persévérer dans leurs projets.
Les connaissances acquises devraient lui permettre de proposer du matériel et des situations pertinentes et faire avancer les apprentissages.
C’est ce que nous avons tenté de faire ici un peu.
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