lundi 1 juin 2026

Le Ministère de l'Éducation abandonne l'éducation préscolaire à son sort

 Bientôt, il n'y aura plus de personne spécialiste du préscolaire au Ministère: Christiane Bourdages Simpson prend sa retraite et le contrat de la personne qui la secondait depuis des années ne sera pas renouvelé.

Si vous trouvez cela inacceptable, signez la demande d'appui inclue dans ce message. Anne Gillain Mauffette

Bonjour,
Une situation préoccupante affecte actuellement notre réseau, liée à la perte d’une expertise reconnue en éducation préscolaire au MEQ. Nous faisons appel à votre mobilisation dès maintenant.
Nous vous invitons à lire attentivement la lettre jointe et à signifier votre appui en complétant le ⁠formulaire de signature.  
Cette initiative est partagée auprès de conseillers pédagogiques à l'éducation préscolaire, de chercheurs universitaires, de l’AÉPQ et d’autres acteurs clés du milieu. Par ailleurs, certaines conseillères pédagogiques souhaitent également la porter à l’attention de leur direction de services.
Compte tenu du caractère urgent de la situation, la compilation des signatures sera finalisée le lundi 8 juin, afin de permettre la transmission du document à la sous-ministre adjointe de la pédagogie et des services à l’enseignement, madame Nadine Peterson.
Nous vous remercions de votre mobilisation,
Cynthia Jacques, Maude Maillot, Geneviève Ouellet et Christine Roy 

Contenu de la lettre:
Regroupement de signataires du réseau de l’éducation préscolaire du Québec

Le 1er juin 2026

Nadine Peterson

Sous-ministre adjointe de la pédagogie et services à l’enseignement

Ministère de l’Éducation du Québec

1035, rue De La Chevrotière

Québec (Québec) G1R 5A5

Objet : Perte d’expertise reconnue en éducation préscolaire au ministère de

l’Éducation


Madame Peterson,


Nous souhaitons vous faire part de nos préoccupations concernant la perte d’expertise au ministère de l’Éducation liée au non-remplacement des personnes-ressources détenant un savoir spécifique à l’éducation préscolaire qui quittent pour la retraite ou dont le mandat (prêt de service) ne serait pas reconduit.


Les personnes-ressources ministérielles jouent un rôle clé pour assurer des références claires et cohérentes aux CSS et aux CS, tant pour le programme que pour l’évaluation et les mesures ayant un impact dans les écoles. Elles soutiennent également la veille pédagogique, la diffusion d’outils fiables (feuillets ministériels, formations, site du MEQ, canal Teams) et la collaboration entre les différents programmes du ministère ainsi qu’avec d’autres ministères (famille, santé), afin d’assurer une compréhension cohérente du développement global de l’enfant, de la petite enfance à l’école.


L’éducation préscolaire constitue la base du parcours scolaire des enfants et une voie essentielle du Programme de formation de l’école québécoise. Pourtant, la diminution du nombre de personnes ressources ministérielles fragilise le réseau : rupture du réseautage national entre conseillères pédagogiques (CP), perte d’une expertise transversale unique, affaiblissement du mentorat des nouvelles CP et inégalités accrues entre les régions; certaines ne disposant d’aucune ressource spécialisée.

De plus, dans le contexte généralisé de pénurie de personnel, la perte de cette expertise entraînerait une diminution significative de la compréhension des particularités de l’éducation préscolaire. À cet égard, la synergie des domaines de développement et d’apprentissage exige une connaissance spécifique et constamment mise à jour. Alors que chaque discipline du primaire bénéficie d’une personne-ressource au ministère, l’éducation préscolaire voit sa voix s’affaiblir, malgré l’augmentation documentée des vulnérabilités chez les enfants (EQDEM, 2022) et l’évolution rapide de la clientèle scolaire.


Les représentantes de l’éducation préscolaire au ministère sont un lien essentiel entre les orientations ministérielles et le terrain. Leur présence a permis, au cours des dernières années, une meilleure compréhension et une implantation plus cohérente du programme, un besoin toujours bien réel, par ailleurs.


Dans ce contexte, nous demandons respectueusement que le ministère reconnaisse pleinement l’importance de l’éducation préscolaire et assure le maintien de l’expertise ministérielle en remplaçant les personnes qui quittent leurs fonctions ou dont le mandat n’est pas reconduit, par du personnel possédant des connaissances et une expérience solides reconnues en éducation préscolaire.


Nous vous prions d’agréer, Madame, l’expression de nos salutations distinguées.


Regroupement des signataires du réseau de l’éducation préscolaire du Québec

C.c. : Martin Quirion, Directeur général formation générale des jeunes et des adultes

Annie Desrochers, Direction des programmes d’études formation générale des jeunes


Pièce jointe : Liste des signataires recueillie via formulaire


mardi 26 mai 2026

«Préparer» les enfants à la maternelle


Par Anne Gillain Mauffette

«Les enfants sont les citoyens de demain mais ils sont aussi les citoyens d’aujourd’hui»


Ce sujet revient souvent à cette période de l’année où on entrevoit le départ des enfants et l’arrivée de nouvelles cohortes à la maternelle.

Les parents s’inquiètent: mon enfant sera-t-il prêt pour l’école? Comment est-ce que je peux le «préparer» pour son entrée en maternelle? Mais le concept de préparation est lui-même à examiner. Comme si le moment présent n’avait son importance qu’en fonction d’attentes futures.

On n’aurait pas l’idée de «Préparer un enfant à manger». Bien sûr on va doser nos interventions et ses apprentissages : d’abord une petite cuillérée de quelque chose de nouveau puis deux, puis trois. Ensuite on va introduire un autre goût. Il en va de même pour la marche, on l’encourage dans son développement à ramper, puis aller à quatre pattes, puis dans ses tentatives de se mettre debout, dans ses premiers pas. On étaye l’enfant, l’amenant progressivement un peu plus loin, en respectant son rythme.

Voir la vidéo : C’est quoi le développement global? https://youtu.be/oNBpOOySEWI?si=c9Ph1OvHdH1rvDq0

C’est quoi être «prêt» pour l’école ?

Il faut toujours se rappeler que le seul critère pour l’entrée à l’école est d’avoir quatre ou cinq ans, à telle date de l’année et que la maternelle n’est pas obligatoire même si la plupart des enfants la fréquentent.

Mais, comment aider un enfant à pouvoir profiter des expériences qui lui seront offertes à l’école?

Les parents  sentent une certaine pression pour «préparer» les enfants, surtout au niveau de la connaissance des lettres:«Il veut juste jouer, ça ne l’intéresse pas» » «Il ne connait pas les lettres de son nom», etc.

Les éducatrices aussi se demandent; « Est-ce que j’en ai fait assez?» Elles auront peut-être tendance à pousser un peu les enfants, surtout en fin d’année, vers l’apprentissage des lettres et des chiffres.

 Pourtant ce n’est pas ça qui est important.

On s’interroge sur les méthodes, stratégies à adopter pour favoriser la maturité scolaire.

Être «prêt» pour l’école ou la « maturité scolaire» («School Readiness»).

La notion de « readiness» ou maturité scolaire (être prêt pour l’école) réfère à un ensemble d’acquis qui font que l’enfant va pouvoir s’adapter à son nouveau milieu et y développer de nouvelles habiletés et compétences.  Certaines qualités de développement vont favoriser une bonne adaptation à l’école. Mais ce que l’adaptation à l’école nécessite est différent de ce qu’on en pense bien souvent.  La maturité scolaire comporte cinq dimensions 3:

- le bien être physique et développement moteur

- le développement social et affectif

- l’usage du langage

- la cognition

- les connaissances générales

On remarquera que ces dimensions correspondent aux domaines et compétences visés dans les programmes du préscolaire actuels.

On notera aussi que le jeu est un des moyens les plus puissants pour développer ces aspects du développement.

Donc à la question comment puis-je préparer les enfants à la maternelle On pourrait répondre :

Premièrement : par le jeu de qualité

Photo Pinnacle

Jouer avec eux, créer des occasions pour qu’ils jouent avec des pairs et des enfants plus vieux à l’intérieur et l’extérieur, leur fournir du matériel ouvert (comme des blocs ou des objets polyvalents et naturels) qui leur permettra d’explorer, de créer, de résoudre des problèmes, de discuter.

Pourquoi : parce que le jeu est un facteur et un prédicteur de réussite scolaire : il assure le développement de tous les fondements nécessaires aux apprentissages formels futurs.

Dans leurs jeux les enfants abordent  toutes les composantes de la lecture/écriture. Dans le jeu symbolique ils s’exercent, entre autres, à prendre et comprendre la perspective de l’autre, à manipuler des symboles (rappelons que l’écriture est faite de symboles) et à créer des histoires et personnages. Leur niveau de langage y est à son niveau le plus élevé. Ils y acquièrent aussi des connaissances sur le monde.

Au  niveau mathématique ils construisent leur compréhension des concepts tels que les nombres, les quantités, la correspondance un à un, les formes régulières et irrégulières, à deux et trois dimensions, l’ordre, la symétrie, la mesure et apprennent le vocabulaire lié à cette matière2.

Ils explorent aussi, en jouant, des notions liées à la physique et la chimie: transformation des matières, vitesse, pression etc.

Le jeu contribue également au développement moral (dont le sens de la justice) et aux attitudes nécessaires pour le vivre ensemble.

 

Deuxième : favoriser l’expression orale

Photo Roseville

Parler avec eux, leur lire des histoires va améliorer leur langage qui est une des clés à développer parce que le langage oral est un grand prédicteur de la réussite scolaire future.

Dans le jeu aussi, les enfants ont  des occasions multiples d’échanger et communiquent à leur plus haut niveau. Alors laissons-leur du temps de jouer librement.

Chanter en groupe et en famille : chanter développe la discrimination auditive des sons, un élément important de la conscience phonologique. En plus du plaisir qui y est associé.

Dans toutes ces activités, ils vont acquérir du vocabulaire et des connaissances qui vont les aider à comprendre aussi bien les consignes que les nouvelles histoires qu’on va leur raconter, ainsi que les paroles de leurs enseignantes et éducatrices et de leurs camarades. Ils vont pouvoir mieux s’exprimer, poser des questions et acquérir de l’information et se faire comprendre des autres ce qui évite bien des frustrations et améliore les interactions.

 Leur permettre de vous voir lire, faire des listes, écrire, va stimuler leur goût de la lecture/écriture.

Bien sûr, on peut leur faire remarquer l’écrit dans l’environnement (les lettres sur les affiches), dire des comptines, lire de la poésie, faire des rimes, observer les différences entre son nom et celui des autres, etc. Bref profiter des occasions du quotidien pour les sensibiliser à l’écrit.

Troisième : encourager la motricité globale

Photo Boulder Journey                                                     

 

Marcher courir, s’arrêter, sauter, sautiller, galoper, grimper, ramper, se balancer, marcher en équilibre, danser, etc., particulièrement dehors, sont tous des pré-requis à la santé physique de même qu’à l’écriture.

En fait, le développement cognitif repose sur le développement psychomoteur. 5  Les jeux moteurs sont essentiels pour l’apprentissage.


Quatrième : les encourager à manipuler toutes sortes d’objets

Leur permettre d’utiliser des outils cuisine, de jardinage, de menuiserie ou mécanique, des instruments de musique, des crayons, pinceaux rouleaux de toutes sortes, de la peinture, de la glaise, le sable, la terre, l’eau (verser, transvaser, etc.), des blocs, des ballons et des balles, d’habiller des poupées, de s’habiller, vont tous développer leur motricité fine ; tout cela leur donner de la force dans les bras et les doigts, leur apprend à affiner leurs gestes, en plus d’augmenter leur autonomie.

Leur donner de petites tâches (comme mettre la table) va en même temps les initier aux notions spatiales et mathématiques (On est combien/ J’en mets combien). Ou aller chercher ou porter des choses, va en plus les initier aux notions spatiales (sur, en-dessous, à côté). Apprendre à s’habiller tout seul, si ce n’est déjà fait facilitera l’autonomie de l’enfant et la tâche de l’enseignante. S’habiliter à ouvrir son pot de yogourt, peler une orange, ouvrir un thermos ou tout élément qu’il retrouvera dans son goûter ou sa collation également et lui évitera des temps d’attente pour de l’aide. S’habituer à s’essuyer tout seul à la salle de bain, à se laver les mains correctement aussi.

Cinquième : élargir leurs connaissances du monde

Les amener à toutes sortes d’endroits pour qu’ils voient, touchent, sentent et goûtent toutes sortes de choses (permises).

 Qu’ils apprennent certaines attitudes dans certains lieux : on ne pas toucher (dans un musée, une galerie d’art, un magasin), on ne court pas ou crie dans une bibliothèque, comment se comporter dans un magasin, un restaurant, etc.

 Photo Garden Gate                           Photo Boulder Journey

Visiter une animalerie, un dentiste, un médecin, un vétérinaire, un coiffeur, etc…

 Qu’ils s’interrogent sur ce qu’ils voient : «C’est quoi ça?»« Comment ça marche ?»« Qu’est-ce que ça mange?», etc. Et prendre le temps de répondre à leurs questions ou de chercher les réponses avec eux. Ces explorations vont aussi développer leur sens de l’observation.

Photo Garden Gate                                              Photo Pinnacle

Sixième : les aider à s’auto réguler

Une bonne autorégulation émotionnelle et comportementale est un meilleur indicateur de succès à l’école que le quotient intellectuel.

Le jeu de faire semblant en petits groupes joue un rôle critique dans le développement de l’autorégulation. Il oblige l’enfant à gérer ses émotions et permet de développer des habiletés sociales essentielles.

L’autorégulation fait partie des fonctions exécutives. Il s’agit d’un ensemble d’habiletés cognitives qui contrôlent et régulent d’autres habiletés et comportements : initier et arrêter des actions, surveiller et changer un comportement, planifier un comportement dans une nouvelle situation, anticiper les résultats et conséquences d’une action, s’adapter aux situations changeantes, avoir une habileté à former des concepts et à penser de façon abstraite. Des indices de bon fonctionnement des fonctions exécutives sont ; la capacité à planifier, à gérer son temps, à s’organiser dans l’espace, à être capable de considérer deux choses en même temps, à inclure nos connaissances antérieures dans les discussions, à s’engager dans la dynamique d’un groupe, à évaluer des idées, à réfléchir sur notre travail, à changer d’idée en cours de route et faire les corrections nécessaires, à demander de l’aide, à attendre pour parler si nécessaire, à rechercher plus d’information, à se rappeler, s’organiser, à élaborer des stratégies, à se concentrer.

Bien sûr le développement de toutes ces capacités attitudes et compétences se font très progressivement. On ne s’attend pas à tout cela d’un enfant de 4, 5 ans.

L’American Academy of Pediatrics1 affirme que le jeu enrichit la structure du cerveau et intensifie son fonctionnement et renforce les fonctions exécutives (c’est-à dire les processus d’apprentissage plutôt que les contenus) ce qui permet de poursuivre des objectifs et d’ignorer les distractions. Dans le document The Power of Play1, on lit : «Le jeu est fondamental pour l’apprentissage d’habiletés nécessaires au 21ième siècle telles que la résolution de problèmes, la collaboration et la créativité qui demandent une maîtrise des fonctions exécutives  et sont critiques pour la réussite à l’âge adulte» (traduction).

La perspective de l’autre

Photo Pinnacle

La plupart des enfants de 4 ans n’ont pas l’idée que l’autre personne ressent ou pense différemment de lui. Ils vont le découvrir avec notre aide et la maturation. Vers 5 ans certains ont compris cela. Cela les amène à mieux prévoir les réactions des autres face à leurs comportements ainsi qu’à certaines situations et les aide à développer de l’empathie pour les autres.

L’ensemble des recherches sur la réussite scolaire indiquent que celle-ci est assurée principalement par : la capacité d’autorégulation de l’apprenant, ses habiletés sociales, ses capacités d’expression et de raisonnement.

Axer nos interventions sur le développement global de l’enfant est préférable à un focus étroit sur l’apprentissage des lettres. Avoir une vision qui reconnait l’enfant dans sa globalité ainsi que l’importance des facteurs relationnels, émotifs, cognitifs  va favoriser des attitudes positives face à l’apprentissage et l’école et contribuer à son adaptation et sa réussite éducative.

L’apprentissage de la lecture

Photo Pinnacle                                    Photo Rosa Parks

Il est faux de penser que plus on apprend à lire de façon systématique formelle tôt, plus on devient de bons lecteurs. En fait cela présente plusieurs désavantages : cela crée du stress chez certains enfants et les résultats sont passagers, etc. Et trop d’activités dirigées créent des frustrations chez les enfants qui exhibent ensuite des  comportements jugés indésirables mais crées par ces situations.

Dans une émission, certains parents ont rapporté que leurs enfants ont été déçus les premiers jours de classe, car ils «n’avaient pas appris à lire».

On peut alors se poser plusieurs questions :

La première : qui leur a mis dans la tête que c’était l’Objectif de la maternelle? Les parents, les éducatrices en garderie ou CPE, l’entourage ou simplement l’exemple de leurs grands frères et sœurs qui eux lisent et écrivent.

La deuxième : y avait-il du matériel suffisamment intéressant pour captiver les enfants tout de suite.

La troisième : Est-ce qu’on peut prévenir cela?

Une solution à cette déception pour certains enfants, c’est que les enseignantes pourraient demander aux enfants ce qu’ils pensent faire à la maternelle. À ceux qui auront répondu : à lire, on pourra leur dire que oui, on va apprendre à lire de différentes façons : en écoutant des histoires, en apprenant des chansons, en jouant avec les mots (faire des rimes en donnant un exemple), avec des casse-têtes avec des lettres, des lettres magnétiques, des étampes, en regardant les noms des enfants de la classe, en faisant des chasses aux lettres, etc. Mais que cela prend du temps.

On pourrait aussi intervenir auprès des parents pressés, en début d’année, pour les informer et les rassurer.

Il ne faudrait pas qu’ils pensent que les programmes (comme le programme cycle) favorisant le jeu, l’exploration, la découverte et la recherche ou l’enquête n’encouragent pas l’émergence de la lecture et de l’écriture ou la compréhension de concepts mathématiques et que les enseignantes ne soutiennent pas de façon concrète le développement des enfants dans ces domaines. Mais, que, dans ces contextes, elles les aident à construire leurs compétences à partir de leurs acquis, en tenant compte de leur zone proximale de développement et leurs intérêts, garantissant ainsi le maintien de leur motivation.

De nombreux chercheurs insistent sur la primauté du développement d’habiletés mentales et du contrôle des comportements (plutôt qu’une priorité sur les contenus) dans la formation de la personne et comme facteur de réussite. Mais le jeu (et les projets) jouent aussi un rôle essentiel dans le développement des habiletés académiques 4.

Le lien entre le jeu et le développement global des enfants et la réussite scolaire sont irréfutables 7.

En effet il est clair dans toute la littérature sur l’enfant et l’apprentissage que la pédagogie par le jeu de qualité, dans un contexte socioconstructiviste (comme le sont nos programmes à l’éducation préscolaire), est un des piliers de la maturité et de la réussite scolaire puisqu’elle soutient le développement socio-émotionnel des enfants et leur succès académique tout en attisant leur désir d’apprendre 5, en préservant leur enfance et les outillant pour l’avenir.

En partageant avec les parents nos connaissances sur les apports du jeu à l’apprentissage, ils pourront aussi se rendre compte et être convaincus que le jeu de qualité est un des moyens à privilégier pour aider les enfants à développer toutes ces qualités et compétences identifiées comme nécessaires à l’adaptation et au succès scolaire.

La transition

Bien sûr on peut préparer psychologiquement l’enfant à ce changement de milieu éducatif:

-          S’assurer de garder des souvenirs de l’étape franchie : livre des photos incluant une photo des éducatrices et enfants du groupe et amis de l’enfant, photos envoyées par l’éducatrice s’il y a lieu et regroupant des images de ses réalisations. Conserver un objet commémoratif…

-          Lire des livres sur la maternelle et les premiers jours en maternelle.

-          Visiter l’école.

-          Aller jour sur la cour de récréation plusieurs fois pour apprivoiser l’espace.

-          Se promener dans le quartier de l’école.

-          Se renseigner s’il y a des enfants de la garderie ou du CPE et du quartier qui iront à la même école et provoquer des rencontres

-          Faire des tours d’autobus, même si ce n’est pas un autobus scolaire.

-          Visiter un gymnase, une bibliothèque.

-          L’amener avec vous pour acheter les effets scolaires.

-          Offrir un petit quelque chose à porter dans sa poche les premiers temps pour leur rappeler que vous êtes avec lui.


La recommandation principale : passer du bon temps avec votre enfant ou les enfants ! Profiter du beau temps ! Les laisser profiter de leur enfance !

L’objectif de la maternelle est que l’enfant développe une attitude positive envers l’école et les apprentissages, qu’il tisse des liens sociaux positifs avec les enseignants et ses pairs, qu’il vive des émotions positives plutôt que de l’anxiété, qu’il participe aux  activités de la classe, fasse preuve d’engagement et qu’il progresse.

Reste à voir si l’école est prête et adaptée pour nos jeunes enfants : les conditions sont-elles réunies pour accueillir nos petits? Quel environnement physique et matériel, espace extérieur, encadrement et soutien va-t-elle leur offrir?

 

Note : Ce texte est inspiré de textes antérieurs publiés et non publiés, dont :

Le jeu un facteur et prédicteur de réussite scolaire

Le jeu et les différents facteurs prédictifs de la lecture

Vous voulez que votre enfant soit prêt pour l’école?

 

Références

1.  American Academy of Pediatrics, The Power of Play: A Pediatric Role in Enhancing Devlopment in Young Children. Yogman M; Garner A. Hutchinson J et al. AAP Committee on psychosocial aspects of child and family health, AAP Coucncil on Communications and Media. Pediatrics 2018; 142(3): e20182058

2 Hirsh-Pasek K.; Michnick Golinkof M. (2008) Why Play = Learning

3. Love et Raikes dans Habiletés nécessaires à l’entrée à l’école : préparer les enfants à la transition entre le préscolaire et le primaire, Gary W. Ladd, 2005)

4. Miller, E. and Almon J. (2009) Crisis in the Kindergarten ; Why Children need to Play in School.. College Park, MD: Alliance for Childhood.

 5. Monzée, J. :  Soutenir le développement affectif de l’enfant , CARD, 2014.

11.6. Reggio Children (2011) The Wonder of Learning. The Hundred Languages of Children, Reggio Children, Reggio Emilia, Italie.

7. Zigler, E.F.; Singer, D.G; Bishop-Joseph, S.T. (2004) Children’s Play: The Roots of Reading, Zero to Three Press, Washington, D.C.

 

 

 

 

jeudi 30 avril 2026

Réflexions sur les « Graduations»


Par Anne Gillain Mauffette

Le passage des enfants de la garderie ou du CPE vers l’école ou de la maternelle 5 ans au primaire est souvent marqué par une fête.

Mais comment célébrer la petite communauté que nous avons été et se préparer à se séparer et passer à autre chose?

Les transitions sont des moments importants dans la vie des enfants. Souvent ce sont des moments stressants, angoissants : que va-t-il se passer après? En donnant une énorme importance à celles-ci, ne va-t-on pas augmenter leurs inquiétudes?

Aussi faut-il réfléchir à ce qu’on va proposer pour s’assurer que tous les enfants vont être à l’aise et profiter des activités qui marquent cette étape.

On a tendance à emprunter les rituels de cycles supérieurs : remise de diplôme, chapeau rectangulaire (mortier), discours, photos, etc.

Qu’est-ce que cela apporte aux enfants ? Quelles sont les intentions pédagogiques sous-jacentes?

Ces chapeaux inconfortable, auxquels on ne doit pas toucher mais qui tombent*que représentent ils pour l’enfant?

Ces traditions associées à des succès académiques cadrent elles avec des programmes axés sur le développement et le jeu?

On pourrait se demander : quel sens ont ces symboles pour les enfants? On pourrait examiner si nos intentions bienveillantes correspondent à leurs besoins développementaux.

Comment se sentent ils dans tout cela. En représentation?

La répétition de ces formes de célébrations, de la garderie à la maternelle, de la maternelle au primaire, du primaire au secondaire, du secondaire au Cégep du Cégep à l’Université, de l’Université au premier cycle puis parfois au deuxième ne banalise-t-elle pas l’effort en durée, la persévérance, le degré d’engagement que ces cérémonies représentent? Est-ce pertinent pour des petits?

Les enfants de différents groupes se retrouvent regroupés dans une salle ou le gymnase et les parents assistent à la «cérémonie». Cela fait pas mal de monde. Ce qui peut être difficile pour certains enfants.

Les enfants sont parfois «invités» à chanter des chansons particulières apprises pour l’occasion. Ils y passent plusieurs heures en répétition, les privant de leurs temps de jeux habituels.

Il y a des enfants qui aiment chanter en public et faire des petits spectacles, d’autres moins. Mais on ne devrait pas se retrouver dans une recherche de performance.**

Défiler ou chanter devant une salle plein d'adultes qu'ils ne connaissent pas, peut être intimidant pour certains enfants malgré la présence de leurs parents.

Un enfant revient de la garderie en disant qu’ils pratiquent des chansons pour la graduation. L’adulte lui demande : «C’est quoi une graduation»? « Je ne sais pas mais les parents vont être là». L’objectif est le spectacle, pas le plaisir de chanter ensemble ou que la musique nous apprend plein de choses et est agréable. *

Comment expliquer aux enfants ce qu’est une graduation alors que leur perception du temps est limitée et que cela se réfère plutôt à un vrai diplôme de 5ième secondaire et plus?*

Lors de ces évènements, nouveaux pour les enfants, qui n’en connaissent pas les usages, ceux-ci se font donner toutes sortes de nouvelles consignes; place toi ici, fais cela, ensuite tu vas là, les enrégimentant un peu en quelque sorte.

Il y a aussi beaucoup de temps d’attente : arriver avant la cérémonie, puis attendre que tout le monde soit arrivé, temps qui fatiguent les enfants. Certains qui ne sachant pas trop quoi faire en attendant s’agitent et se font alors réprimander.

Est-ce que ce genre de démonstration est cohérent avec vos pratiques pédagogiques tout au long de l'année?

Bien sûr, il est agréable de souligner une fin d’année par quelque chose de spécial. Mais quelle forme cela peut-il prendre?

Est-ce que cela doit se faire en très grand groupe ou dans le cadre plus intime de la cellule groupe ou de classe, avec nos familles ou pas?

Quelle place les enfants ont-ils dans l’organisation de cette fête pour eux : sont-ils des participants ou des consommateurs?

Est-ce que cela favorise leur agentivité?

Quelles raisons nous poussent à ce genre de grande organisation? :

-          Les parents s’y attendent?

-          Les enfants « aiment ça»?

-          Ils sont tellement «cute»?

-          Cela les rend fiers?

-          Pour créer de beaux souvenirs?

-          Ça nous permet d’amorcer notre propre séparation?

-          Ça s’est toujours fait à notre école, CPE ou garderie?

Quels types d’activités enchanteraient vraiment les enfants?

Y a-t-il d’autres moyens pour assurer leur confiance en eux?

Une graduation traditionnelle est-elle vraiment nécessaire?

Comment  leur permettre d’apprécier le chemin parcouru?

Une enseignante en maternelle, proposait, par exemple aux enfants de se rappeler: « En début d’année je ne savais pas ceci ou faire cela, maintenant je sais cela ou suis capable de...». Et elle écrivait tous les propos des enfants, les accompagnants de pictogrammes. Puis les enfants choisissaient un élément sur la liste qu’ils jugeaient le plus important et le dessinaient. Ceci était placé dans le portfolio ou apporté à la maison et partagé avec les parents.*

Comment leur permettre d’apprivoiser la fin de la relation avec nous et pour certains (ceux qui quittent le CPE par exemple) avec leurs camarades.

La lecture d’histoires sur la prochaine étape, faire des visites des lieux futurs si possible.

Comment saluer une dernière fois la petite communauté que nous avons créée?

Une activité parents-enfants est souvent appréciée par les familles. Cela peut être préparé avec les enfants. Des jeux à l’intérieur, au gymnase ou à l’extérieur, suivis d’une collation spéciale, par exemple.

Mais il faut d’abord connaître ou sonder la disponibilité des familles. Dans certains cas, il leur est difficile voire impossible de se libérer dans la journée.

Un pique nique en fin de journée peut peut-être mieux convenir et les frères et sœur pourraient même être présents.

Une enseignante dit : « J’ai toujours privilégié des moments partagés avec les parents au parc où les enfants peuvent jouer librement où l’on peut échanger spontanément et où il y aura toujours une collation spéciale ….melon d’eau qu’on apporte entier et que l’on coupe ensemble ou plateau de fruits ou popsicle ou mR freeze ou cornet de crème glacée ou ….tout dépendant du budget ! Faire des bulles aussi c’est toujours festif ! Finalement  la seule règle pour moi, ça reste le plaisir de partager ensemble un beau moment ! **


Une autre nous raconte que « comme durant les jours d’intégration progressive du mois d’août, nous invitions les parents ou une personne significative, à venir passer une période de jeux libres en classe ou à l’extérieur. Environ 4 enfants par jour pour avoir suffisamment de choix et pas trop de monde dans le local».*** 

Quels genres de souvenirs offrir aux enfants?

Les souvenirs se créent au quotidien. Les enfants vont se souvenir de leurs amis, de leurs activités préférées, des projets que vous avez vécus ensemble sur les insectes, les papillons ou autres animaux surtout vivants, des histoires racontées, des sorties, etc.

Mais pour activer la mémoire, rien de tel que des images.

Une enseignante leur remettait leur portfolio avec peintures dessins ou toute autre trace de ce qu’ils ont fait. Se rappeler ensemble, avec des éléments concrets d’une année ça parle, ça fait rire aussi et ça replace les souvenirs.** 

Dans une autre classe : «Chaque enfant repartait avec un CD (ou une clé USB) contenant des photos prises depuis le début de l’année. En juin, chaque jour, nous regardions celui d’un enfant. Spontanément, les enfants commentaient soit sur le plaisir apporté ou sur l’apprentissage réalisé (ex.: mes constructions sont maintenant plus grosses).***

Peut-être des photos d’eux avec des camarades et avec vous, au naturel (pas en posant devant la caméra), faisant des choses qu’ils aimaient faire à l’intérieur et à l’extérieur, tout au long de l’année ou de leur parcours et  reliées dans un album avec une photo de groupe à la fin et les noms de chacun? On pourrait aussi y ajouter une lettre de l’enseignante parlant de lui à l’enfant. Le fait d’être un album plutôt que sur un support électronique permet aux enfants de s’y référer quand ils en sentent le désir ou le besoin, sans intervention de l’adulte pas toujours disponible.

Dans les écoles préscolaires de Reggio Emilia (Italie), les enseignantes tiennent un journal pour chaque enfant à partir de son insertion en garderie qu’ils remettent aux parents lorsque l’enfant quitte l’installation.

Au lieu d’ajouter du stress à la fin de l’année alors qu’on manque d’énergie**, peut-être pourrions nous inventer des manières de faire la fête de façon personnelle et intime, en fonction des enfants que l’on a avec nous, qu’on a appris à connaître et qui nous aiment.

Créer une fin d'année qui nous ressemble, qui est alignée avec nos valeurs.

Cela peut prendre de multiples formes. Si vous aimez les arts: faire une exposition des travaux des enfants. Si vous favorisez le jeu: montrer des vidéos de photos des enfants en train de jouer et commenter.

Que vous pensiez que la fin d’une étape est un moment important qui mérite d’être souligné, est tout à fait louable.

Mais quand on est très occupée au déroulement de quelque chose de gros, d’inhabituel, on s’éloigne souvent des enfants eux-mêmes.

C’est votre présence, à chacun d’eux, ces derniers jours et spécialement le dernier, qui importe. Qu’ils aient le temps de se faire dire de belles choses et d’en dire à leur tour.

Profitez de derniers jours pour jouer avec eux, aller au parc, aux jeux d’eau, en visite chez un ami qui habite près de la garderie, du CPE ou de l’école, visiter une ferme, etc.

Vous pouvez aussi leur demander ce qu’ils aimeraient faire dans ces dernières semaines, pour finir l’année en beauté.

C’est de votre relation avec eux qu’ils vont se souvenir, pas vraiment d’une grande célébration finale, même si sur le moment, cela peut être excitant.

 

Merci à Danielle Jasmin* ,à Ninon Denommée** et Gisèle Brulé***pour leur contribution à cet article.

Les photos sont toutes extraites de : https://www.facebook.com/BoulderJourney/photos_by/

 

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