vendredi 23 octobre 2026

Le déclin de l’imaginaire, ou quand les enfants n’osent plus inventer

À quoi ressemblera l’avenir si nous laissons s’éteindre cette capacité d’imaginer et de créer ?

Par Véronique Dalpé

L’autrice est enseignante de maternelle 5 ans.

Publié le 6 octobre 2026 dans le Devoir

J’ai réalisé une activité avec des élèves de maternelle afin de développer leur imaginaire et leur créativité. Cette expérience m’a complètement renversée, tout en confirmant ce que je constate déjà au quotidien : de nos jours, les enfants semblent avoir de plus en plus de difficulté à faire appel à leur imagination.

J’ai apporté en classe différents objets, comme une cuillère de bois, et j’ai demandé aux enfants d’imaginer ce qu’elle pourrait devenir : une baguette magique ? Une rame ? Une baguette de tambour ? etc. Les élèves voulaient participer, mais les idées ne venaient tout simplement pas. J’ai dû leur proposer plusieurs possibilités avant d’obtenir quelques suggestions timides.

Ce phénomène, je l’observe également dans le dessin. J’entends fréquemment des enfants tenir des propos comme : « Je ne suis pas capable ! » ou « Peux-tu le dessiner pour moi ? ». Depuis quand un enfant de cet âge a-t-il peur de se tromper en dessinant ? Pourquoi certains enfants n’osent-ils plus prendre de risques ? Quels facteurs peuvent contribuer à cette crainte de l’échec et à cette recherche de performance ?

Cette situation me préoccupe, car l’imagination et la créativité jouent un rôle important dans le développement de l’enfant. Celui-ci utilise son imaginaire pour comprendre ce qu’il observe, explorer différentes possibilités et découvrir de nouvelles idées. Lorsqu’une boîte devient une maison ou qu’une cuillère devient une baguette magique, il apprend qu’un même objet peut avoir plusieurs fonctions et qu’il existe plusieurs réponses possibles à une même question.

Créer signifie aussi rencontrer des difficultés et chercher des solutions. Lorsqu’on permet à un enfant de concrétiser lui-même ses idées, de faire des essais et de se tromper, on lui donne l’occasion de développer son autonomie, sa confiance et son estime de soi.

Lorsqu’un enfant dit : « Je ne suis pas capable », il peut parfois vouloir dire : « Je n’ai pas confiance en mes capacités parce qu’on ne me laisse jamais prendre d’initiative », « J’ai peur de me tromper », « Je veux réussir du premier coup parce que je ne veux pas investir d’efforts » ou encore « Je ne sais pas comment faire parce que je n’ai pas l’occasion d’expérimenter ».

Un enfant de 5 ou 6 ans possède généralement un élan naturel pour explorer, inventer et faire semblant.

Qu’est-ce qui peut contribuer à l’éteindre ? Je trouve désolant de constater à quel point certains élèves se freinent par peur de ne pas donner la « bonne réponse ».

Les parents, et même les intervenants en garderie ou à l’école, dictent sans cesse à l’enfant quoi faire et comment le faire lors de moments où ils devraient parfois s’en abstenir. On organise son emploi du temps avec des activités structurées, ce qui laisse peu de place aux jeux libres, sans parler des écrans qui occupent une place démesurée dans leur quotidien.

Et si nous leur laissions simplement davantage de temps pour jouer ?

Chaque jour, l’enfant devrait pouvoir jouer en décidant avec quoi il joue, avec qui et comment. De cette façon, il agit sur le monde plutôt que de le subir passivement. Il développe son autonomie et sa confiance en lui, ce qui peut ainsi augmenter ses chances de réussite.

Dans le jeu libre, il peut inventer ses propres règles, résoudre des problèmes, modifier ses idées et recommencer.

Je me demande à quoi ressemblera l’avenir si nous laissons s’éteindre cette capacité d’imaginer et de créer. Un monde vide où l’être humain s’en remettrait à la technologie aussitôt qu’il se questionne ? Un endroit où chacun perdrait sa valeur au détriment de l’intelligence artificielle ? Faut-il l’accepter ou essayer de renverser la vapeur ?

L’imagination peut se définir comme la capacité de créer des choses ou des possibilités qui n’existent pas encore. Si nous souhaitons que nos enfants puissent imaginer les perspectives du futur, faisons en sorte de leur offrir des occasions de faire semblant, de se tromper, de se relever, de créer et d’imaginer.

Bref, laissons les enfants vivre leur vie d’enfant afin qu’ils deviennent des adultes encore capables de rêver !

Note: Ce texte est une gracieuseté de l'autrice et du Devoir.

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